31.5.06

Des rédacs où il fait bon vivre

Un commentaire au dernier envoi (avec le lien qui l'accompagne vers un papier d'anciens du CFJ) rappelle en incidente que faire du meilleur journalisme, ce n'est pas seulement faire du journalisme. C'est aussi considérer les journalistes comme ce qu'ils sont, des salariés - tout simplement des personnes ayant droit de la part des entreprises qui les emploient à un traitement sinon juste, du moins compréhensible, lisible.

Les CDD à répétition, les statuts mi-stage mi-pige, en un mot la précarité, tout cela génère de l'incertitude et des frustrations, le contraire de la motivation qui fait les meilleures enquêtes, les meilleurs papiers. Sûr que les rédactions seraient bien inspirées d'appliquer les meilleures pratiques au point de viser elles aussi le statut d'entreprises "où il fait bon vivre".

D'un autre côté, cela suppose que les journalistes eux-mêmes acceptent de s'inscrire dans ces pratiques. Ce qui signifie admettre le cadre dans lequel ils travaillent - l'entreprise en général - et ses objectifs - notamment celui de gagner de l'argent.

Il ne s'agit pas là pour les journalistes de renoncer à leur nécessaire indépendance, mais de la concentrer là où elle est utile: sortir de meilleures infos, coller au plus près à la réalité de la société et satisfaire au mieux sa curiosité.

26.5.06

Encore une source

Trouvé cet autre organisme américain, Visual Editors. Comme son nom l'indique, la préoccupation est la forme, les pages, les typos, tout ce qui rend l'actu agréable et attractive à lire. Très pédagogique, avec des dizaines d'exemples de pages de quotidiens, critiquées et commentées.

Je recommande la page sur les nouvelles formules, où l'on découvre que, par comparaison, les journaux à la française ont vraiment de la peine à se lâcher.

France-Soir : Kärcher ou Frigidaire

Un point à ajouter à France Soir et la grève Kärcher, la démonstration sombre et impeccable de Frédéric Filloux sur l'hypothétique avenir du quotidien. Pour que le plan soit efficace, pour que France-Soir recommence à se vendre, il faudrait que le titre ait encore une image vivante dans l'esprit des acheteurs potentiels.

Or hélas, le titre même a perdu son aura. "Il y a dix ans, une étude sur ce point avait conclu que la marque était morte, c'est pour cela que le groupe Hersant s'est débarrassé du journal", rappelait voici quelques semaines une source très proche du dossier. France-Soir est comme Frigidaire ou Simca, un nom sans avenir.

Pessimiste? Ben oui. Le bon côté, c'est que le plan proposé conviendra parfaitement à la création d'un nouveau journal. C'est bien ca la clef. Faire du neuf, tous les jours, et non pas faire confiance à des souvenirs de grandeur. Faire le journal de demain, pas celui d'hier. Et cela, avec une bonne équipe qui sait comprendre son marché, pardon ses lecteurs, c'est toujours possible.

25.5.06

Indignation du matin

Europe 1 est sinon ma radio préférée, du moins ma radio habituelle pour l'info. Ca fait des semaines qu'Europe tourne les pages du feuilleton Clearstream et mentionne le rôle éventuel puis présumé de Jean-Louis Gergorin, numéro 2 d'EADS (Airbus, Ariane, etc.). Ca fait des jours qu'Europe s'intéresse au sort de la Sogerma, filiale d'entretien d'avions d'EADS.

EADS est dans l'actu au point qu'hier, son président Noël Forgeard était interviewé sur Europe 1 à 7h45. Mais ni à cette occasion, ni au cours des jours et semaines précédents Europe ne s'est donné la peine de mentionner qu'EADS est une sister company d'Europe 1. Les deux entreprises font partie du groupe Lagardère.

Pas de procès d'intention de ma part, juste une demande de rappel sinon d'information. Par comparaison, dans chaque article sur les avions Dassault, Le Figaro signale qu'il est lui-même détenu par le même groupe.

20.5.06

Document fondateur

J'oubliais : dans la réflexion sur pourquoi pour renouveler le journalisme et comment faire, il y a cette vidéo, Epic, publiée il y a deux ans par deux étudiants du MIT, et qui raconte en anticipation la probable disparition des médias d'actualité tels que nous les connaissons.

C'est l'inévitable Filloux qui m'y refait penser en signalant que, avec Eric Walther, il a repris cette idée de journalisme prédictif pour imaginer le scénario qui conduira à la victoire de Ségolène Royal l'an prochain à la présidentielle. Filloux et Walther ont déja écrit les titres de une au lendemain de l'événement. Rendez-vous dans un an, sûr qu'ils ne se seront pas trompés de beaucoup. Au moins sur les titres!

8.5.06

Meilleures sources (en français)

La réflexion sur le journalisme en France est plus limitée, celle sur l'info d'actualité en ligne quasi inexistante (au moins à ma connaissance, corrigez mon ignorance). Inutile par exemple de rechercher une réflexion sur les sites des deux plus anciennes écoles de journalisme, CFJ et ESJ).

Ce que j'ai trouvé de mieux, et même de très bien, c'est le blog d'un consultant médias établi à New York, Jeff Mignon, et de ses associés. Ca s'appelle Média Café, c'est vraiment au rythme des discussions aux USA et ca fait bien le lien avec ce qui se passe (ce qui ne se passe pas, ce qui pourrait se passer) en France.

Incontournable, voyez la section "blogs et journalisme" du pape des blogs Loïc Le Meur. Sa récente note Si je dirigeais un titre de presse a déclenché une cinquantaine de commentaires aussi instructifs que le papier lui-même. L'attention que Le Meur porte à ce sujet en fait une source impossible à manquer.

Parmi les blogs de journalistes, je préfère Footnote, celui de Frédéric Filloux, directeur de la rédaction de 20 minutes. Ecrit au Kärcher. Et visionnaire.