Sur la crise à Libé
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Les contradictions qui se sont abattues sur la rédaction avec l
Sources et ressources pour améliorer la pratique du plus beau métier du monde
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Les contradictions qui se sont abattues sur la rédaction avec l
Etant "du métier", comme on dit, je suis souvent interrogé sur les "nouvelles formules" lancées cet automne par les deux grands quotidiens Le Monde et Le Figaro. Voila ce que j'en pense. Sur le fond, la forme et... la cohérence de l'ensemble.
Dans les deux cas cependant, je suis étonné que le lifting n'ait pas abouti, dans aucun des deux cas, à une simplification des principes de titrage. Les 'niveaux de lecture' (têtières de page, surtitres, chapeaux, sous-titres, mots-clés...) restent trop nombreux, compliquent la tâche des secrétaires de rédaction qui rédigent les titres. Surtout, cet éparpillement freine la lecture. Les lecteurs ont le choix entre parcourir tous les petits blocs et avoir assez d'information pour se passer de lire les articles proprement dits, ou bien entrer dans les papiers... au risque d'une forte impression de répétition.
Sur le fond, à quoi sert une nouvelle formule? S'il s'agit de faire parler, le résultat est là . Tant Le Figaro que Le Monde ont réussi à "faire l'événement" auprès des confrères, particulièrement radio et TV. S'il s'agit de vendre des pages de pub, de même l'objectif est sans doute atteint.
Mais si les nouvelles formules visaient à regonfler le lectorat - et dans l'attente de chiffres sur longue période - il n'est pas certain que le but soit en vue.
C'est une question que les journalistes apparemment se posent peu : faire mieux demain qu'hier. Il ne s'agit pas seulement rendre "un bon papier", un bon sujet, mais faire en sorte que, dès cet après-midi, le service rendu par notre fonction soit meilleur qu'il n'était ce matin, simplement parce que nous avons tiré les leçons de ce que nous avons fait auparavant.
A lire les journaux, à écouter la radio et regarder la TV, à converser enfin avec des confrères dans des dizaines de rédactions, j'ai l'impression que notre profession n'a pas embrassé tous ces éléments. Aujourd'hui, il est probablement temps d'en prendre conscience.
La série d'émeutes dans les banlieues ces dernières semaines a eu un effet inattendu. Les journalistes et rédactions de France sont amenés à s'interroger sur leur pratiques comme jamais auparavant. Ni le succès de Jean-Marie Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2002, ni les dérapages liés à l'agression prétendûment antisémite d'une jeune femme dans le RER il y a un peu plus d'un an, n'avaient eu ce résultat. Probablement parce qu'il s'agissait de "one shots", affaires sans lendemain, balayées par la suite de l'actualité.
Laisser le maintien de l'ordre aux autorités publiques
Pour aller plus loin dans la remise en question, il me semble utile de remonter dans le temps. Les doutes sur la "gestion" éditoriale de la crise sont en effet révélateurs d'une sorte d'échec préalable. Comment, dans un pays de presse libre, a-t-on pu aboutir à une crise d'une telle violence sans que les médias eux-mêmes ne l'aient laissé deviner ? N'est-ce pas leur rôle de faire émerger les questions sociales les plus aigües ? Par ailleurs, comment les journalistes ont-ils pu perdre leur crédit au point d'être "interdits de cité" pendant les émeutes, au point que certains ont été pris à parti voire molestés ?